jeudi, 30 mars 2006

odeur de sainteté

Je rentre chez moi après une réunion d'information, nous on dit "éducation révolutionnaire" mais ça fait peur à certains, une heure 30 de pourquoi,comment, non, ce n'est pas foutu, oui, la lutte des classes existe, on peut , on doit continuer, etc..La musique à fond dans la voiture, je sens le même enthousiasme qu'après les cours de philo en terminale (la prof avait été virée parce que trop "gauchiste"). Arrêt dans un des temples de la paupérisation pour trouver de quoi remplir le frigo sans trop vider mon compte en banque.
A la maison, le chat ronronne, le ménage ne s'est pas fait tout seul et il faut ranger cette montagne de courses.Je peste contre certains qui laissent des emballages vides dans le frigo quand on sonne:je me dis que si c'est L. , il va falloir qu'il attende 5 mns pour avoir son petit café et me raconter ses déboires conjugaux, je prends le chat sous le bras pour prévenir toute tentative de fugue, et j'ouvre:
Choc. Une bonne soeur (dominicaine?) et deux jeunes propres sur eux, chemisette bleu ciel, raie sur le cöté. J'en reste plus ébahie que si on m'annonçait que Galouzeau vient de demander la création de comités révolutionnaires dans les facs et les quartiers.La femme voilée (certes pas pute mais certainement soumise) louche sur mes affiches indiennes, prend sa respiration et articule: nous sommes venus vous parler de l'église catholique.Si je n'avais pas un excellent traitement antidépresseur, je serais allée chercher ma perceuse et ça aurait fini en bain de sang. Mais je suis toujours sidérée qu'on me fasse ça, à moi, et je dis bêtement: non merci. Un des deux jeunes éphèbes essaie de rattrapper le coup, me dit que le chat est mignon, et comment il s'appelle.Là, un vieux réflexe de provoc de jeunesse m'envahit et je réponds, plutot, je crie: Trotsky.Une chape de plomb s'abat sur le palier, je ne sais plus lequel des 3 zombies a bafouillé: on reviendra. j'ai refermé la porte et fini mon rangement en résimant le manifeste du parti communiste au chat qui m'a écoutée très attentivement.

mercredi, 29 mars 2006

constitutionnellement

Je ne résiste pas à la tentation du copier-coller, surtout quand le texte est rédigé par quelqu'un de nettement plus "pro" que moi, j'ai nommé le secrétaire national de mon parti à moi et quelques autres: oui, je sais, il est moins médiatique que le charmant petit Besancenot, d'ailleurs, il n'est pas facteur, mais ce qu'il dit est tellement évident que je me demande même pourquoi c'est nécessaire?


Vas y, Daniel, chauffe!

En apparence, ce 28 mars au soir, la situation semble bloquée.
“ En haut ”, d’heure en heure, ceux qui gouvernent semblent frappés de paralysie. Tétanisés par la vague de millions et de millions qui exigent le retrait du CPE, mais préoccupés avant tout de leur avenir présidentiable. Sur l’autel de ces appétits et des rivalités inexpiables qu’ils alimentent, ils sont prêts à tout sacrifier. Jusqu’où iront ces apprentis sorciers ?
“ En bas ”, trois millions de manifestants ce 28 mars. Des millions de grévistes. Les jeunes et les moins jeunes, étudiants, lycéens et salariés, avec les organisations, en un flot ininterrompu disent : nous n’acceptons pas l’inacceptable !
C’était pourtant ce 28 mars, après le 7 mars, le 16 mars, le 18 mars, le 23 mars… et chaque fois le flot ne fait que grossir. Et pourtant, tout avait été fait pour user, épuiser, “ pourrir ” la mobilisation. Mais en vain.
En apparence, c’est l’impasse. Comment en sortir ?
Vitupérant ces manifestations, l’organe des capitalistes nord-américains, le Wall Street Journal, estime que la France “ perd le droit de se nommer une République démocratique ”.
La démocratie ? Parlons-en. La France est un pays de vieille tradition démocratique. La Constitution de l’an I de la Révolution (1793) est présentée par les spécialistes comme “ un exemple et un modèle pour les démocrates ”. (1)
Cette constitution stipulait : “ Une génération ne peut assujettir à ses lois les générations futures (article 28) ” et encore : “ Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est pour le peuple, et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs (article 35) ”.
Alors, oui, est profondément démocratique le refus de la jeunesse (la génération future) d’être assujettie à l’esclavage par un gouvernement isolé et rejeté. Oui, est profondément démocratique la mobilisation de millions et de millions contre la violation des droits que constitue la remise en cause du Code du travail, du CDI, des conventions collectives et des statuts.
Le CPE doit être retiré, maintenant, tout de suite. C’est bien une question de démocratie.
Pour notre part, chacun le sait, nous sommes partisans de la rupture avec l’Union européenne conformément au vote du 29 mai dernier. Comme nous sommes partisans de l’élection d’une Assemblée constituante souveraine par laquelle le peuple dessinera lui-même les contours et le contenu de la démocratie.
Mais cela n’est pas l’ordre du jour immédiat.
De manière immédiate et préalable, si l’on ne veut pas s’enfoncer dans une impasse dont les conséquences pourraient être tragiques, il faut que la démocratie soit respectée.
C'est une question qui ne peut plus être différée : le CPE doit être retiré.
C’est maintenant, c’est tout de suite
Daniel Gluckstein
(1) Les Constitutions de la France depuis 1789, édition Garnier-Fl.

mardi, 28 mars 2006

politiquement correct

The folle journée:
l'hénaurme manif,
l'apéro dans le couloir de l'hotel des impots en grève,
le kebab avalé en vitesse au coin d'une rue,
une réunion politique pleine de bruit et d'espoir, de projets, et même une invitation pour une soirée en tête à tête chopée au passge (je vais pas me priver, c'est le printemps, merde),
une réunion syndicale triste à pleurer:10 personnes présentes, le "chef" qui nous exhorte à la prudence, la lutte des classes, c'est mieux au cinéma.
D'ailleurs, on ne dit pas "grève", mais "arrêt de travail". Et comment on dit grand trouillard, en politiquement correct....?

lundi, 27 mars 2006

partir

C'était dimanche.Le Fiston tirait la tronche, du genre, je suis un incompris, y a rien à faire dehors, je vais passer la journée scotché à ma manette de jeux. Il faisait un temps superbe, en tant que mère indigne, j'avais décidé d'arrêter de le supplier de "prendre l'air", et je m'étais préparée à rejoindre M. pour m'écrouler dans son jardin avec un café et des petits gateaux.
Mais l'adolescence, ce monde merveilleux, réserve des surprises.Fiston a émergé de sa léthargie pour m'informer qu'"on" lui proposait d'aller au cinéma: pas celui où il peut aller à pied, ce serait trop simple, celui qui est à 10 kms, et le dimanche, comme dans toute bonne ville de province, il n'y a pas de bus. Après des négociations serrées (3/4 d'heure), il a fallu que je l'amène à un endroit où une mère de copain pouvait l'embarquer. Ensuite, arrivée chez M., c'est son fils à elle qui a téléphoné, il était à Toulon et il n'y avait personne pour le ramener. Je passe sous silence les écarts de langage de cette autre mère indigne.K. est parti marcher, pas trop envie de crapahuter aujourd'hui, pas non plus envie de rejoindre T. sur une plage que j'imagine sans peine envahie de familles dominicales . Donc retour at home, après un arrêt à la bonne boulangerie pour m'acheter le plus gros chausson aux pommes du monde.
Là, je mets de la musique, la cité est calme, le chat regarde les oiseaux d'un air furieux, tout va bien. Texto de la Princesse qui m'informe que la coordination étudiante vient de prendre fin , et qu'en toute simplicité, ils ont demandé la démission du gouvernement. My God, ces jeunes ne doutent de rien. Fiston rentre, me raconte de a à z un film américain et incompréhensible.Mais il a le sourire et que ne ferais-je pas pour voir la chair de ma chair épanouie et heureuse?
Ce matin, changement d'heure (grrrr) oblige, le susdit n'a pas entendu son réveil, il a fallu que je saute dans mes baskets pour l'amener au collège.Dans la voiture, entre deux baillements, il m'informe tranquillement qu'une copine (c'est qui?pas de réponse) veut organiser avec lui le blocage du collège.Bref, je m'attends à être appelée d'un moment à l'autre par mr le principal.
Ma boite mail est pleine de courriers appelant à la grève générale: je vais devoir partir 2 heures avant pour aller manifester demain. Et assister à une réunion interminable demain après-midi où tout le monde hurlera, moi la première.
Et après, on s'étonnera que j'aie des envies compulsives de partir là:

medium_chalosse.jpg

samedi, 25 mars 2006

étrange lucarne

Avant le journal télévisé, une sorte de petit sketch payé par un obscur organisme de crédit en ligne (sur la télé publique, payée avec nos sous, pardon, nos euros, je précise):
-une jeune femme propre sur elle assise sur la banquette arrière d'une bagnole visiblement haut de gamme, une voix off nous explique qu'elle s'appelle machine (j'ai oublié le prénom, mais c'est très correct) , qu'elle travaille et a des enfants; bref, elle est comme tout le monde, mais on se demande un peu ce qu'elle fout dans la voiture de luxe.
la voix off: machine, vous êtes plutôt du style achat réfléchi ou coup de coeur?
machine: ça m'arrive de rentrer dans un magasin sans idée précise, et là....;(petit claquement de doigts et rire nunuche)
la voix off:vous aimeriez travailler plus pour gagner plus d'argent?
machine (air épanoui): absolument!
la voix off: pour vous, que représente l'argent?
machine (très concentrée): pour nous, les femmes, l'argent, c'est la liberté, j'ai des enfants, je veux qu'ils s'épanouissent, et pour ça, il faut qu'ils aient une maman épanouie.
Sourire béat de la nunuche, petite musique, logo de la machine à surendettement, pardon, je voulais dire épanouissement.

Je ne crie pas, je me sers un rhum pour me remettre, ben oui, je viens quand même d'apprendre que je suis une femme asservie et que mes enfants sont complètement inhibés, ça fait mal et histoire de m'achever, je reste devant les infos:
-des jeunes qui cassent des voitures (déjà vu ça quelque part), des flics qui cassent des jeunes (ça aussi, déjà vu) et, ah, enfin, notre ministre de l'intérieur: parce que des gens mal intentionnés lui reprochent de ne pas faire intervenir les forces de l'ordre assez vite, en gros, de laisser pourrir la situation.Notre ministre a réponse à tout, qu'on se le dise. D'abord, les jeunes sont tous jeunes, ça c'est un scoop, et surtout, ils ont tous "la même tenue".Peut-être serait-il judicieux de suggérer aux étudiants qui ne veulent pas de problème, de manifester habillés en bleu et casqués?Et de massacrer un syndicaliste de temps en temps pour être plus crédibles?

Heureusement, la météo s'annonce bonne pour ce week-end. Et le chat a envie de jouer.